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Les Editions de l'Instant

Où l'on parle de fantasy, de SF, de fantastique, de bouquins, de cinéma et... des Editions de l'Instant

Un entretien avec Emmanuel Chastellière

Publié le 15 Juin 2016 par Les Editions de l'Instant

Un entretien avec Emmanuel Chastellière

Quand j'ai lu pour la première fois "Le Village", d'Emmanuel Chastellière, je savais qu'il s'agissait d'un bouquin que je voulais publier. Un roman noir, sombre, résolument fantastique. On ne rencontre pas souvent des livres de cet acabit, des livres sans concession, tenant la route grâce à leur jusqu'au-boutisme et à leur volonté de ne jamais se détourner de leur véritable propos. C'est le genre d'écrit qui montre que l'on a affaire à un écrivain, un vrai. C'est pourquoi je pense que ces quelques échanges avec l'auteur nous permettent de comprendre son œuvre, son écriture, son style, sa démarche.

Retrouvez notre auteur sur http://www.emmanuel-chastelliere.com/

Bonjour Emmanuel. Parlez-nous un peu de la naissance de ce roman.

Il y a environ trois ans, j’ai décidé de me remettre à écrire, après avoir laissé cet exercice de côté depuis très longtemps. À vrai dire, depuis mes années lycées et le tout début de la fac ! Au moment de la création d’Elbakin.net finalement. Lire et traduire les romans des autres avaient fini par consumer toute envie de me confronter à ça.

Et puis je suis arrivé sur mes trente ans, donc… Je me suis dit allez, pourquoi pas ! J’ai un peu discuté de mes envies avec Simon Pinel des éditions Critic, qui m’a fait rédiger plusieurs synopsis avant de retenir celui du village. C’était aussi celui qui m’attirait le plus, spontanément.

Long story short, même si j’ai lu et lis encore beaucoup de fantasy, je ne me voyais pas me lancer dans quelque chose d’épique ou au long cours. Il était important pour moi de ne pas me décourager en cours de route ou plutôt de ne pas me donner l’occasion de me décourager. Ma première étape était simple, je voulais aller au bout.

Le roman lui-même a beaucoup évolué au fil du temps, mais certaines choses n’ont jamais changé. Le fait de mettre en scène une héroïne, de miser beaucoup sur le cadre et ses mystères, le ton sombre…

"Le Village" est un roman purement fantastique, et par conséquent sombre. Pensez-vous que fantastique et tragédie soient intimement liés ? Que le fantastique, à notre époque, remplit une fonction similaire à celle de la tragédie durant l'Antiquité ?

Vaste question ! J’avoue que je ne me la suis pas posé en écrivant. Depuis le début, c’est cette atmosphère que je recherchais pour le roman et je m’y suis tenu naturellement. C’est un tout. Le Village peut-il avoir une dimension cathartique ? Ce serait plutôt aux lecteurs de trancher à ce sujet. Mais oui, je pense que le fantastique se prête bien au tragique. À l’exaltation de sentiments puissants. C’est peut-être dû à son côté déstabilisant. Si l’on s’y abandonne (du moins, les personnages eux-mêmes), les barrières tombent. Vite et sans retour. Pour moi, le fantastique, c’est un jeu de miroirs. De miroirs qui peuvent se briser très facilement…

Beaucoup d'écrivains, notamment en France, reviennent vers un fantastique noir, aux accents désespérés. Est-ce une mode, une tendance de fond, une réponse au climat social et politique actuel ?

Une mode, je ne sais pas. Je crois qu'on peut très bien appliquer une formule avec succès mais qu'il manquera toujours un supplément d'âme. En tout cas, je l'espère, car si la sincérité ne garantit pas un bon livre, c’est tout de même en général un plus. Cette dimension "noire", c'est quand même quelque chose qui vient des tripes, même si je n'aime pas cette expression. La société actuelle, aux quatre coins du monde, est de plus en plus violente, clivante, ce que vous voulez. Difficile de rester imperméable à mon avis. Inconsciemment ou pas (par exemple, dans mon cas, si la politique m’intéresse, je ne me vois pas en faire mon sujet principal dans un roman ou une nouvelle), il est normal que cela rejaillisse quelque part.

Quelques mots sur la « topographie flottante » du village ?

En fait, comme souvent dans mon cas quand je ressens une soudaine envie d’écrire, tout part d’une vision, parfois soudaine. J’ai tout de suite imaginé une jeune femme se promenant dans un village abandonné, avec un certain cachet mais immédiatement menaçant. Il est évident qu’il constitue un personnage à part entière, en tout cas, de mon point de vue. Quatre murs de pierre peuvent dissimuler tellement d’histoires…

J’ai un peu pris cette notion au pied de la lettre.

Quelles sont vos influences littéraires ?

Pour le coup, je dois bien avouer que je connais beaucoup moins la littérature fantastique que son pendant fantasy, en tant que lecteur ! J’admets même dans un autre registre que je n’ai jamais lu Sa Majesté des Mouches auquel Estelle Faye a comparé Le Village. Je sais, je sais, ce n’est pas très glorieux !

En fait, je pense que pour ce roman, mes références sont plus cinématographiques, aussi bien sur le fond que sur la forme. Et là, je pense bien sûr à Guillermo del Toro, le metteur en scène mexicain. Plutôt période Labyrinthe de Pan que Blade, forcément ! J’ai pas mal de « scènes coupées » d’ailleurs, dont certaines pencheraient carrément vers du James Wan, pour les amateurs.

Avez-vous écrit un livre pour adolescents ou un livre sur l'adolescence ?

Les deux ? Je n’ai pas pensé à une « cible » précise à l’écrivant en tout cas, l’histoire, tout comme son ton, se sont imposés à moi d’eux-mêmes. Cela dit, à titre personnel, c’est vrai que j’ai parfois l’impression d’être toujours la même personne qu’à 15 ou 17 ans… ce qui peut d’ailleurs me jouer des tours de temps en temps ! En tout cas, pour moi toujours, les émotions à fleur de peau n’empêchent pas la subtilité ou la profondeur.

On en revient un peu à ce que l’on disait sur la dimension tragique du fantastique. L’adolescence et le bouillonnement qu’elle représente peut vite entraîner des conséquences potentiellement terribles selon certaines prises de décisions, surtout si les conditions s’y prêtent.

Je dirais aussi qu’il y a un certain refus du compromis, une recherche de sensations brutes, d’un idéal, d’absolu, peu importe les conséquences justement… Et tout cela peut persister à tout âge. Mais entre la première version du roman et celle publiée, j’ai aussi cherché à laisser décanter ce trop-plein d’émotions que je sentais parfois. Je ne voulais surtout pas de côté larmoyant ou complaisant, mais cela demande du recul.

On peut qualifier "Le Village" de roman sans concession, jusqu'au-boutiste : vous n’aimez pas les happy-ends ?

Pour être tout à fait honnête, je suis plutôt "fleur bleue" quand je suis en position de spectateur. Mais au moment de passer de l'autre côté... impossible de renoncer à la noirceur. Mes nouvelles sont également assez sombres, c'est même le moins que l'on puisse dire. Peut-être que les happy-ends sont quelque chose de rare dans la vie quotidienne et comme j'aime que mes histoires se raccrochent à une certaine réalité, si ce n'est par leur contexte...

Cela dit, même si je m'emballe difficilement, je ne me considère pas comme fasciné par le désespoir. En tout cas, ce n'est pas cela qui m'anime quand j'écris. Malheureusement, ce n'est pas parce qu'un personnage a beaucoup souffert et qu'il mériterait un destin heureux qu'il va forcément se voir récompensé, dans la vie comme en littérature. Comme tout le monde, je suis sensible à cette notion mais il me semble facile à vérifier que "dans la vie on n'a que ce l'on mérite", ça ne fonctionne pas vraiment !

Quel est votre livre idéal ? Celui que vous aimeriez écrire et celui que vous aimeriez lire.

Décidément, toutes ces questions sont ardues ! Celui que j’aimerais écrire ? Disons toujours le prochain, car cela voudrait dire que j’en ai eu l’occasion. Quant à celui que j’aimerais lire, voyons voir… Je garde quand même une certaine tendresse pour la fantasy épique alors j’aimerais lire un jour quelque chose qui me ramène à certaines découvertes de mon adolescence ! Sans faire 3000 pages pour autant, si possible.

Un point sur vos projets pour conclure ?

Eh bien, j’ai plusieurs nouvelles programmées dans différentes anthologies, dont une très bientôt dans Gentlemen mécaniques et une autre en octobre par exemple dans le recueil sur les routes de légendes de Rivière Blanche.

Mais ces dernières semaines, j’ai surtout travaillé sur un projet bien différent, beaucoup plus léger, pour un autre éditeur, qui a déjà validé les premiers chapitres et à qui je viens de renvoyer le roman complet, séance tenante. C’est un peu l’autre facette de ce que j’aime en tant que lecteur ou « auteur » : du divertissement pur, mais de qualité. On peut se détendre ou vibrer sans s’abrutir.

Et puis enfin, toujours concernant la littérature on va dire, j’ai bien sûr Célestopol sur le feu pour cet été et que j’espère voir arriver en librairie l’année prochaine ! Ce n’est pas une formule toute faite, j’espère me montrer digne de la chance qui m’est offerte. J’ai bien conscience que c’est un vrai luxe, même si rien n’est jamais garanti dans l’édition.

"Le Village" est disponible sur le site des Éditions de l'Instant : http://www.leseditionsdelinstant.com/#!a-paraitre/rn0c2

ainsi que sur Amazon : https://www.amazon.fr/Village-Emmanuel-Chastelli%C3%A8re/dp/2930853018

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